Le bonheur est dans le pré dit-on ?
Il fait encore nuit dans le petit bois. On commence seulement à distinguer ici & là les silhouettes noires des arbres et les masses sombres des buissons. Tout semble dormir. Et pourtant, d'un grand pin qui borde la clairière s'élève une agitation suspecte : craquements de branches, petits cris et chuchotements. Qui peut bien être réveillé à cette heure ? Miette s'ébroue en continuant de s'interroger. Le hibou peut-être ? Il n'habite pas ici. Les hérissons alors ? Il ne font jamais tant de bruits. Pipo, le mulet, se lève lui aussi, réveillé par tout ce tapage, et rejoint le poney à robe mouchetée. Tous deux, ils pointent leurs oreilles, quand un petit éclair roux saute du pin pour attérir sur une branche de hêtre. Cette fois, Miette n'a plus aucuns doutes. C'est l'écureuil, cet espiègle. Mais pourquoi diable ne dort-il pas ? Tout à ses pensées, Miette décide d'aller se désaltérer à la rivière. Il emprunte le sentier de la petite colline, quand soudain les feuilles de l'allée bruissent & crépitent. Un jeune lièvre se régale derrière un buisson, en grignotant des brins de serpolets et des pousses de noisetiers. Miette enjambe une touffe de bruyère et arrive finalement sur la berge. Après avoir bu un peu d'eau froide, il s'enfonce dans les trèfles et croquent quelques brin juteux, frais et tendres. Pipo, se met à manger lui aussi, en agitant les oreilles. Les deux complices sont tellement absorbés par leur goûter qu'ils ne voient pas le temps passer. Un cri joyeux éclate au loin : Tirli ... Tirli tuit tuit ! C'est l'alouette qui, là-bas dans la prairie, s'élance en chantant à la rencontre du soleil. Au même moment, les premiers rayons filtrent à travers la brume du matin ....
et les couleurs renaissent dans le petit bois ;
... les fleurs, les buissons et les arbres reprennent leurs teintes vives, jaunes bleues et vertes. Miette lève le nez et regarde cette transformation avec émerveillement. Il est tellement captivé qu'il n'entend pas Chocolat, le chez du troupeau de chevaux, qui les appèlent, lui & Pipo. " Et bien, ce n'est pas trop tôt ! Vous en avez mis du tempsà venir ! " semble t-il leur dire, tout en grattant le sol avec un antérieur. L'étalon s'élance ensuite dans la clairière, pour rejoindre les autres chevaux qui sont éparpillés dans l'herbe humide. Miette trottine jusqu'au mûrier, ses petits sabots s'enfoncent dans le sentier bordé d'aubépines. On dirait que tous les papillons du petit bois s'y sont donnés rendez-vous. A petits coups d'aile légers, ils voltigent, tourbillonnent, se pourchassent & jouent à cache-cache entre les fleurs. Le poney salue son copain Morcillo. Dans les arbres, pinsons, bergeronnettes, mésanges, rouges-gorges, hirondelles, merles et fauvettes chantent gaiement comme pour dire au revoir au printemps. Dans un taillis, un mulot décortique une vieille noisette. Miette s'éloigne du troupeau pour aller s'allonger à l'ombre, sous un chêne. Ici & là, les feuillages ont épaissi, les couleurs sont plus intenses, et les parfums plus lourds. La chaleur pèse sur les taillis et les buissons, et, même aujourd'hui, dans l'ombre du sous bois, l'air devient un peu étouffant. Le soleil tape déjà sur la clairière, et les herbes grillées par ses rayons brûlants lorsqu'il fait beau commencent déjà à jaunir. Quelques boutons d'or pointent leurs corolles entre les brindilles désséchées. Au dessus des ronciers d'où bientôt vont pendre de grosses mûres noires et juteuses, tourbillonnent inlassablement des moustiques et des abeilles. Miette les écoutent siffler, bourdonner et susurrer en choeur " L'été va arriver ! L'été va arriver ! " tout en songeant aux aventures qui l'attendent avec sa cavalière, dans les jours à venir.
Texte de Moi
Petit poney glacé pour petit coeur gelé